Star Wars Episode III - Revenge of the Sith
Sortie : 2005
Réalisateur et scénariste : George Lucas
A l'instar de Jeunet qui parvint à faire la meilleure suite d'Alien en devant ressusciter son héroïne, les meilleurs films sont parfois issus des pires contraintes scénaristiques. Sans être aussi risqué, le pari de l'Episode III de Star Wars n'est, à ce titre, pas mal non plus : raconter une histoire dont tout le monde connait la fin, pusiqu'elle elle est racontée dans le Star Wars premier du nom, un chef d'oeuvre vieux de plus de 25 ans.
Si placer la seconde trilogie (Episode I : The Phantom Menace, Episode II : Attack of the Clones et Episode III : Revenge of the Sith) en amont de la première (Episode IV : a New Hope, Episode V : The Empire Strikes Back et Episode VI : Return of the Jedi) permet en effet de développer l'histoire du personnage le plus charismatique de Star Wars (Darth Vader alias Anakin Skywalker), l'exercice pose aussi de nombreux problèmes : du point de vue technique d'abord, car il faut qu'artistiquement et techniquement, les deux films soient cohérents malgré les années qui les séparent, et d'un point de vue scénaristique ensuite, puisque le spectateur sait déjà tout de la conclusion du film : Anakin devient Darth Vader et se met au service du tout nouvel Empire galactique, cependant que Yoda, Obiwan et les enfants d'Anakin, respectivement Luke et Leïa, vont tous survivre.
De ce fait, avec une fin annoncée aussi terrible qu'ineluctable, cet Episode III avait tout d'une tragédie grècque. Hélas, Georges Lucas n'est ni Shakespeare, ni Sophocle et, bien que ce volet soit autrement plus convaincant que les médiocres Episode I et II, force est de constater que le milliardaire américain est passé à côté de son sujet.
Le film commence pourtant bien en s'ouvrant sur une époustoufflante bataille spatiale suivie de scènes d'action ébouriffantes. Les effets spéciaux sont parfaitement maîtrisés, le montage est plein de vivacité et et, en dépit de représentations fantasque de l'espace qui choqueront les puristes en astronomie (vaisseaux qui tombent et se pilotent comme des avions, bruit des lasers et des moteurs, etc.), on se laisse vite happer par l'intrigue de ce space opera grandiloquent. Moins rythmée, la suite est tout aussi plaisante : on y découvre la confusion qui règne dans les sentiments du jeune Anakin Skywalker, sa soif éperdue de reconnaissance, sa peur de perdre sa bien-aimée comme il avait jadis perdu sa mère, et la façon dont le sénateur Palpatine, futur empereur, s'arrange pour exploiter les faiblesses du jeune homme et le tirer vers le côté obscur.
C'est toutefois au moment précis où il bascule - le moment le plus important du film et même, de la trilogie entière - que le soufflé retombe : en une fraction de secondes, Anakin qui jusqu'ici hésitait entre bien et mal, semble d'un coup d'un seul tout acquis au côté obscur de la Force. Tuant un maître Jedi sur un geste impulsif, il se métamorphose de suite en une brute sanguinaire, égorge des enfants et clame sa haine à qui veut l'entendre, sans aucun cas de conscience. En prélude d'un combat ennuyeux et très moyennement réalisé contre Obiwan Kenobi, il en vient même à étrangler celle qu'il aimait et au nom de laquelle il est devenu un sith plutôt qu'un Jedi. Conclusion : Anakin est devenu un monstre de cruauté parce qu'il avait peur de perdre sa petite amie. Un peu juste pour constituer la résolution d'une tragédie, n'est-il pas ?
Malgré tous ses effets spéciaux et les thèmes symphoniques de John Williams, le film retrouve ensuite le niveau des Episode I et II : celui d'une super-production de série B, indigne du mythique Star Wars original, et de l'exceptionnel The Empire Strikes Back qui lui fit suite. Meilleur opus de la série, ce dernier, faut-il le rappeler, n'est d'ailleurs pas l'oeuvre de Lucas. De là à considérer que le bon vieux Georges est l'homme d'un seul film, il n'y a qu'un pas...
Avec cet Episode III, la boucle est toutefois bouclée : Anakin se coiffe du casque de Darth Vader, Padmee meurt en couche en donnant naissance à Luke et Leia et l'Empereur, depuis un vaisseau reproduisant à l'identique les croiseur du premier Star Wars, contemple le chantier de la terrible Etoile de la Mort. 'Job has been done' : il n'y a certes pas de quoi crier au scandale, mais pas de quoi crier au génie non plus, vraiment pas de quoi...
